L'enfant, cet être fascinant

Savoir reconnaître le Fucking Four

On croit que tout va bien, que les choses sont sous contrôle. On se dit qu’on ne s’en sort pas si mal… Peut-être même qu’on finit par être content de soi. Après tout, on a survécu au Terrible Two, le train-train s’est installé, eeeeeet mine de rien on en viendrait presque à penser que ce boulot de parent est à notre portée, finalement.

Le Village des Damnés - petite fille

Et bim, un jour, on se lève, et on s’aperçoit que l’on vit avec un enfant de 4 ans à la maison. Et encore, « un enfant »… Mieux vaudrait dire que l’on vit avec « une personne » de 4 ans. Une vraie personne, avec son caractère, sa personnalité propre, et une tendance de plus en plus marquée à se positionner comme un membre du foyer à part entière.

Du genre qui a le droit de vote. Voire de veto.

Et ce n’est pas de la tarte. La Science a d’ailleurs nommé ce phénomène le Fucking Four, une appellation qui devrait à elle seule nous faire comprendre à quel point ça puduku.

La survie parentale l’impose : il faut être en capacité d’identifier les signes les plus précoces du F-4 afin de prendre les mesures qui s’imposent (comme la réservation d’un séjour en Polynésie française pendant une période d’environ 12 mois, le temps que les choses se tassent). Permettons-nous donc une petite liste non exhaustive des symptômes à surveiller dans nos foyers :

L’enfant a eu 4 ans

On y pense trop peu, mais c’est LE signe le plus parlant du processus. Ne riez pas.

Tant que le compteur de l’enfant affiche toujours 3 ans (ou moins de 10 000 kilomètres, c’est selon), on peut dire que la période est encore relativement pépère. Aux alentours de 5 ans, il parait que la situation se tasse aussi et qu’on retrouve une certaine sérénité. Retenez donc qu’à compter de 4 bougies sur le gâteau, l’atmosphère devrait doucement commencer à se tendre. C’est le moment de guetter les autres indices (et de réserver son hôtel à Tahiti).

Il/elle s’oppose systématiquement. A tout.

Si vous avez l’impression de revivre la phase d’opposition de ses 2 ans, c’est normal. Commencez à serrer les dents. Et les fesses. Tout ce que vous pouvez serrer, en fait.

no_no_no

Il semblerait que s’affirmer en tant qu’individu soit un processus qui passe par le développement de l’esprit de contradiction le plus pointu. Attendez-vous à des refus. Des contestations. Des migraines. Des nervous breakdowns. Comme si l’enfant devait fatalement se positionner à contre-courant du gouvernement parental pour exister. Vous me direz que c’est comme en politique. Et c’est exactement ça. En tant que parent en plein F-4, on fait de la politique non-stop. On est en campagne permanente. Et l’électorat est dur à séduire.

Tout est sujet à négociation

Le parent d’un F-4 passe son temps à négocier, argumenter, détailler, disséquer, (se) justifier, développer, expliquer, et tout un tas de synonymes du même acabit. Le dialogue est son quotidien. Le chantage, son arme de prédilection. La corruption, sa solution de repli.

Bousculé dans son autorité, ébranlé dans sa forteresse, repoussé dans ses limites, le parent s’efforce de respecter ce petit être qui devient grand et de lui laisser la place de se développer, sans pour autant se faire bouffer comme une grosse bleusaille. L’objectif : donner à l’enfant l’illusion qu’il détient effectivement une liberté de choix, une parcelle de pouvoir, une bribe de libre-arbitre.

Et à celles de mes lectrices qui me répondraient « tiens, c’est comme dans le couple : je fais pareil avec mon homme », je leur dis prout.

L’enfant a le sens du détail

Quand on commence à voir remis en cause le moindre petit détail, c’est qu’on est dedans. Jusqu’au front.

L’enfant-F4 sait de quoi il parle. Et il faut utiliser les mots justes, car le moindre écart de langage, la moindre approximation, deviennent autant de brèches dans lesquelles s’engouffrer pour noyer le poisson. Ainsi, ordonner à l’enfant de « mettre ses chaussures » vous expose à vous voir répliquer que ce ne sont pas des chaussures mais des bottines, ou des baskets. Idem si vous demandez à l’enfant de « ranger ses jouets » – on vous rétorquera qu’il s’agit de Playmobil.

sucette-géante

Et cette démarche n’est pas sans fondement ! Elle dissimule en réalité un raisonnement sans accroc :

  1. Tu t’es trompé(e).
  2. Tu es dans l’erreur.
  3. Moi, je suis dans le vrai.
  4. Ergo, ton sens du jugement est à remettre en cause, de même que le bien-fondé de la directive que tu viens d’énoncer.
  5. Je ne suis donc pas tenu(e) de donner suite.
  6. CQFD dans ta face. Bitch.

L’autonomie de l’enfant est à géométrie variable

Son degré d’indépendance et d’auto-suffisance varie selon l’humeur. La sienne, mais également celle de ses parents.

Accomplir quelque chose qu’il/elle maîtrise parfaitement peut devenir subitement la tâche la plus inconcevable jamais envisagée. Ou comment régresser au stade du bébé sur un coup de tête. Un refus de grandir bien évidemment couplé avec un sérieux désir de s’émanciper. Sinon ce serait trop facile.

Proposez-lui votre aide, et il/elle déclarera ne pas en avoir besoin. A contrario, exigez de l’autonomie et vous obtiendrez un gros bébé impotent, incapable d’attacher ses chaussures à scratch tout seul alors qu’il/elle le fait tous les matins depuis son entrée en maternelle.

Plus que tout, le surnom de Fucking Four provient sans doute de cette capacité impressionnante de l’enfant à prendre ses parents à contre-pied. C’est à se demander comment un être aussi jeune et (croyons-nous) innocent parvient à ce point à évaluer l’état mental de ses parents, déterminer leur niveau de vulnérabilité optimal, pour enfoncer le clou bien comme il faut pile au moment opportun (ou importun, selon le point de vue).

La Science est formelle : à ce stade de l’Évolution, un tel degré de malice et de machiavélisme n’a été constaté que chez le chat. Qui est une créature habitée par le Démon, comme chacun sait. D’ailleurs, tout comme le chat, l’enfant de 4 ans sait se montrer diablement séduisant et susciter l’affection, l’amour, voire l’adoration de ses esclaves.

Pour mieux endormir leur méfiance.

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6 réflexions sur “Savoir reconnaître le Fucking Four

  1. Joli billet vraiment! en plus de la part d’un homme (que je vais m’empresser de faire lire au mien)… et évidemment je ne suis pas tombée dessus par hasard… j’ai cherché et les symptômes de votre F-4 sont EXACTEMENT les mêmes que ceux de la notre! Bref, je m’inquiétais tout ça tout ça, mon zhomme aussi (notre fille n’est pas normale disait-il! y’en n’a qu’une comme ça et elle était pour nous…) Hé bah NON ça existe aussi ailleurs! OUF, ça rassure de ne pas être les seuls à en baver! Et sinon comment on s’en sort? on attend les 5 bougies? that’s all folk?

    • Merci pour ce com’ 😉
      En effet, je crois bien que la seule façon d’en sortir est d’attendre que le temps passe. Normalement, après 25 ans, on commence à être plus tranquille…

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