Trotro décrypté #24 : Trotro et la boîte à secrets

Après une longue absence de la présente chronique, je pense qu’il ne serait pas inutile de faire un point sur les fondamentaux de la série, et en l’espèce sur les 3 principaux protagonistes auxquels nous avons affaire dans cet épisode.

Voici donc :

Trotro le héros
Lili l'amie du héros
Nana la grosse morue

 

Aaah, ça fait du bien ! Je n’avais plus dit tout le mal que je pense de Nana depuis le numéro 13, il était donc bien temps de réparer cette injustice.

Les bases étant clairement posées, on va pouvoir se pencher plus avant sur la thématique du jour : apprendre à nos chères têtes blondes les rudiments du droit de propriété, de la valeur des biens, du libre échange et de la cotation sur le marché.

Tout un programme.

Ce qui est à moi n’est pas à toi

Grâce à Trotro, l’enfant attentif apprendra en premier lieu que l’on ne peut pas disposer du bien d’autrui à sa convenance.

Je regrette d’ailleurs que cet épisode n’ait pas été visionné par le gros Stéphane au milieu des années 80. Ça lui aurait peut-être évité de me mettre la misère pendant mes 5 années de primaire à me piquer mes billes par poignées de douze. Tu penses, avec les grosses papattes qu’il avait… Si je lui remets la main dessus aujourd’hui, je l’attache devant l’intégrale de Trotro en boucle jusqu’à ce que ses yeux saignent du cul.

Mais je m’égare.

Revenons-en plutôt à notre ami à longues oreilles, tout fier de faire l’étalage de ses trésors à la cantonade. Et quels trésors ! Que du premium, les amis ! Je m’attendais à le voir sortir de sa boîte une toupie cassée, de vieux lacets de baskets mâchouillés par le chien et un tracteur sans roues, mais il n’en est rien : de la statue équestre à la bougie-grenouille, tout est en bon état, bien propre, même qu’on se les arracherait dans les brocantes. D’ailleurs, l’attitude de Lili ne nous trompe pas : elle n’est qu’envie, convoitise et désir d’appropriation.

Et c’est là que l’on sent la bonne éducation de Lili, qui ne donne pas libre cours à ses envies et sait se contenter de ne toucher qu’avec les yeux. Voilà une petite fille bien sous tous rapports, qui sait respecter la propriété d’autrui. Trotro lui-même était tantôt tenté (c’est pour moi, laissez) de faire main basse sur sa bille, mais avait su faire machine arrière et proposer une alternative…

Une fois de plus, Lili se positionne comme la petite fille modèle. Ce n’est pas le cas de tout le monde.

SI VOUS VOYEZ DE QUI JE VEUX PARLER…

Hooo la petite coquine, la fieffée malicieuse, la... la... MAIS QUELLE GROSSE PUTE !
Hooo la petite coquine, la malicieuse euuh… la fieffée… la… MAIS QUELLE GROSSE PUTE !

Nana transgresse les règles, franchit les limites, fait comme chez elle et s’empare sans vergogne de ce qui ne lui appartient pas. Et circonstance aggravante : elle cherche à dissimuler son larcin dans son dos ! Et ça, c’est-pas-bien-faut-pas-le-faire. Trotro en est d’ailleurs à deux doigts du coup de coude dans la bouche au moment de récupérer son bien… La leçon est claire, quoique rudimentaire : on demande avant de prendre.

Je fais ce que je veux avec mes affaires

Ce qui nous amène tout naturellement à la deuxième leçon avec une aisance scénaristique qui déconcerte jusqu’à l’auteur de ces lignes : le droit de propriété que j’exerce sur mes affaires, c’est aussi le droit de disposer de mon bien comme je l’entends. Je peux le prêter. Je peux le donner. Je peux l’échanger s’il y a une contrepartie. Et chaque enfant de découvrir ainsi la petite sphère de pouvoir dont il dispose vis-à-vis de ses pairs… Donne-moi une bille, je te donne une voiture. Prête-moi ta poupée contre mes Playmobil.

Bref : si tu tiens à jouer avec le mien, laisse-moi jouer avec le tien.

Et pendant que vous ruminez Dieu sait quelle plaisanterie salace, tas de libidineux refoulés que vous êtes, la série enchaîne droit direct avec une troisième notion fondamentale : la valeur des biens. Si l’on veut faire du troc, il faut bien que les plateaux s’équilibrent. Que les objets échangés se correspondent un minimum.

Il est frais mon poisson, il est frais !

Ce qui nous amène forcément à l’étape suivante et au coup de génie de l’épisode : l’art de la mauvaise foi dans la négociation.

Car jamais l’on ne négocie mieux qu’en dénigrant la valeur du bien d’autrui pour porter aux nues le caractère inestimable de l’infecte camelote qu’on veut refiler. Voyez d’ailleurs comment Lili balaie d’un revers de mains les marrons de Trotro (bon, les allusions, ça va bien maintenant…).

Voyez également comment Nana encense son chouchou pour les cheveux, genre ho-comme-il-te-va-bien, ho-comme-tu-es-très-beau avec… Viles flatteries qui ne sont pas sans nous rappeler les techniques commerciales de certain-e-s vendeurs-euses, qui trouvent étonnamment que telle robe hideuse et mal taillée vous rajeunit de 10 kilos, ou que telle paire de chaussures trop petite et hors de prix met admirablement vos yeux en valeur. Qui arriveraient à vous convaincre que vous faites l’affaire du siècle, sur la vie de leur mère.

Alors qu'en fait, on a juste une tête de benêt...
Alors qu’en fait, on a juste une tête de benêt…

Et le pire, c’est que ça marche ! L’âne se laisse royalement pigeonner… Mais encore faut-il savoir ne pas être trop gourmand. Nana nous le prouve en voulant pousser son avantage pour grappiller plus, toujours plus, encore plus.  Le tout débouchant fatalement sur un conflit d’intérêt, dispute, crêpage de chignons et catfight autour d’un objet finalement sans grand intérêt ni valeur…

De là à parler d’une allégorie de la folie des Soldes, il n’y a qu’un pas que je franchirai pieds nus et les yeux bandés ET NE VENEZ PAS ME DIRE LE CONTRAIRE MESDAMES, je vous ai vues de mes yeux en janvier dernier !

L’épisode finira en faisant l’apologie de la discussion, du compromis et du terrain d’entente. Car finalement, jouir de ses propriétés, est-ce vraiment gratifiant si on n’a pas d’amis auprès de qui s’en vanter avec qui partager ?

L’analyse du Papa : l’histoire est mignonne, la fable de prime abord légère brasse des thèmes assez délicats… Bien sûr, avec autant d’objets mis en images, l’épisode ne passe pas à côté de quelques faux-raccords, disparitions de plume et de marrons d’un plan sur l’autre… Autant d’écueils techniques dont je me moquerais d’ordinaire avec délectation, bien entendu, mais pas cette fois-ci.

Je ne sais pas, il flotte quelque chose de léger autour de cet épisode. Un parfum d’insouciance, le souvenir d’un âge où les problèmes liés aux biens matériels ne vont guère plus loin qu’une affaire de billes et de bougies… Il est trop court, ce temps-là, trop vite remplacé par des soucis de voiture en panne, de PC qui a cramé, et autres joyeusetés du quotidien qui nous minent même si on se dit que ça ne devrait pas.

Quelle valeur ont ces objets, en fin de compte, si ce n’est celle que nous voulons bien leur accorder ? Subjectivité que tout cela. Une bille rare avait-elle la même importance, dans notre regard d’enfant, qu’une voiture aux yeux des adultes que nous sommes devenus ? Certainement. Quand donc avons-nous cessé de lui accorder cette importance ? Et pour quelle raison ? Pour lui substituer d’autres objets, d’autres idoles, d’autres angoisses ? Tout cela n’est-il pas d’une grande vacuité ? Saurons-nous un jour nous détacher de ces objets qui ne nous apportent souvent que des ennu PUTAIN J’AI FAIT TOMBER MON XPERIA EN SAUVEGARDANT BORDAYL !!!

Publié par Big Papa

Papa geek, metalhead, bibliophage... À tour de rôle.

3 commentaires sur « Trotro décrypté #24 : Trotro et la boîte à secrets »

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